Olivier Mériel, par Danielle Molinari Voici ce qu’en dit Danielle MOLINARI Conservatrice générale honoraire du patrimoine — Olivier Mériel est un homme épris d’authenticité, solitaire et patient, peu enclin au bavardage. Son œuvre photographique lui ressemble. Loin de tout effet de mode, étranger au digital, à contre-courant de ce besoin d’immédiateté et de vues démultipliées qui nous submergent, Olivier Mériel travaille « à l’ancienne ». Comme par respect pour l’histoire même de la photographie, il reste fidèle à l’utilisation de chambres noires, au maniement pourtant peu commode et qui nécessitent un temps de pose long. Cela ne le gêne pas car il trouve là l’intérêt, primordial à ses yeux, d’obtenir sur une même image un plan rapproché et un plan lointain avec une égale netteté et, dit-il, comme le chevalet le permettait aux impressionnistes, d’aller à travers la lumière « au-delà des choses »… Maître de son œuvre dans chacune de ses phases, il réalise dans le huis clos de son laboratoire ses tirages en noir et blanc par contact, sur papier riche en argent, qui confère à sa palette les nuances moirées et les effets de contrastes qu’il recherche. Ce moment de travail solitaire est pour lui fondamental car il lui permet de magnifier la lumière. Dans la composition de ses nocturnes, le négatif est selon lui, une partition que le tirage interprète. Réalisées entre 2024 et 2025, les 45 vues sélectionnées n’ont pour la plupart jamais été présentées. Elles composent un ensemble quasiment exhaustif de la série que l’artiste a consacrée à ce thème dans une itinérance passant par huit villes portuaires emblématiques du Calvados, d’Isigny-sur-Mer à Honfleur. Le travail de Mériel a souvent fait l’objet d’expositions en Normandie notamment au Havre, à Caen, à Trouville et à Giverny, passage presqu’obligé, pour l’intérêt commun au photographe et aux peintres impressionnistes, pour la transfiguration qu’opère la lumière sur un sujet. À la faible lueur d’une lumière des nuits de pleine lune, d’où jaillissent de saisissants effets de clairs obscurs, les ports et les paysages marins du Calvados deviennent un peu fantomatiques. Les plages, alors désertées, (Paysage à la plage vide, Trouville), retrouvent leur calme, leur sérénité et leur grandeur, et le panorama s’impose au regard dans toute sa splendeur. Sur le rivage, à marée basse, la lumière scintille sur le sable mouillé, dont les ridules gardent la trace du reflux et rappellent le temps qui passe… Plus loin, roches et galets se drapent d’un blanc éclatant qui leur confère quelque chose de surnaturel, (Les galets blancs). « Il s’agit d’éliminer le psychologique en moi pour faire venir le spirituel, pour être en relation avec le divin, avec l’étrange… »